Force (3)
Les mois qu’Aridel avait passé à naviguer avaient fait de lui un marin, en plus du soldat. Il se rappelait avec une certaine nostalgie son rôle d’officier à bord du Fléau des Mers. Imela lui manquait. Son amante lui avait apporté une stabilité et une force qu’il aurait bien aimé retrouver. A présent, c’en était fini de sa liberté. Il allait devoir affronter son destin et réclamer son héritage.
A bâbord du Guide céleste se dessinait la côte d’Omirelhen, que le navire longeait depuis plusieurs jours déjà. Les falaises grises étaient entrecoupées de plages de sable grossier ou de galets polis par le ressac. Au dessus d’elle s’étendait un pays verdoyant, que les nuages de l’Hiver sans Fin avaient épargné, rendant sa beauté encore plus précieuse.
Force (2)
Le Noyau. C’était le centre névralgique, le point focal de tout le savoir des mages de Dafashûn. Même si la majestueuse banque mémorielle n’était plus que l’ombre de ce qu’elle avait été, l’endroit imposait le respect. Les plus grands parmi les dirigeants du peuple de Lanea avaient puisé leurs connaissances ici. Elle se sentait presque sacrilège d’avoir pénétré dans ce qui avait représenté, cinq années auparavant, le saint des saints de Dafakin.
Force (1)
Tout le temps qu’il avait passé auprès des humains avait donné à Daethos une certaine compréhension de leurs expressions faciales. Il n’avait maintenant aucun mal à lire sur le visage de Shari l’indécision la tiraillait. Elle était visiblement la proie de pensées conflictuelles. Le choix qui s’offrait à elle était de les accompagner, lui et Itheros, jusqu’en Sorcamien, ou de continuer à chercher Aridel.
Daethos comprenait parfaitement les sentiments de la jeune femme. Il avait lui aussi dû faire face à un dilemme similaire, et sa décision avait été difficile à prendre. C’était l’arrivée de Sklirûdoa, le capitaine du Iûgosther qui forçait à présent la main de Shari. Le marin Sorcami avait ostensiblement suscité l’intérêt de la diplomate qu’était Shari. Daethos espérait secrètement que cela influencerait sa décision.
Equilibre (6)
Ayrîa se sentait complètement perdue, et c’était un sentiment qu’elle n’appréciait pas particulièrement. Tout avait si bien commencé, pourtant. En acceptant d’effectuer le voyage vers Omirelhen avec Aridel, elle avait bien imaginé se retrouver dans des endroits et des situations inconnues, et cela exerçait d’ailleurs un certain attrait sur elle. Si elle avait particulièrement appréhendé la longue traversée de l’Océan Intérieur pour rejoindre Sorcasard, elle avait été agréablement surprise.
Elle avait en effet rapidement surmonté son mal de mer et s’était “amarinée”, comme disaient les matelots. La jeune femme avait alors pu profiter de l’air marin, passant la plupart de son temps sur le pont du Vent d’Ouest. L’océan n’était finalement pas si différent du désert où elle avait grandi : tous deux étaient des étendues désolées à perte de vue, battues par les vents, hostile à l’homme. La seule différence était la couleur du sol.
Equilibre (5)
- Voile à l’horizon !
Le cri de la vigie fit sursauter Shari. La jeune femme était perdue dans ses pensées, se promenant sans but sur le pont du Fléau des Mers. Le bruit de l’océan, du vent et des vagues lui calmait les nerfs, la rendant bien souvent oublieuse de ce qui se passait autour d’elle. La voix du matelot était donc pour elle un brusque retour à la réalité.
Equilibre (4)
Le port était similaire à tous les fronts de mers qu’Aridel avait pu visiter. Monte-charges, barils, caisses et cordes encombraient les quais. Les dockers s’affairaient comme des fourmis autour des navires qui débarquaient et embarquaient leurs marchandises et passagers. Tous semblaient absorbés par leur tâche, et ne prêtaient aucune attention aux nouveaux arrivants.
Aridel se tourna vers Taric. Le mage avait insisté pour quitter le chariot et marcher un peu. Il semblait en meilleure santé que durant leur voyage, mais Aridel trouvait cela imprudent. Il avait été empoisonné, et malgré les meilleurs soins, Taric était très malade. D’une certaine manière, l’ex-mercenaire se sentait quelque peu responsable de l’état de son compagnon.
Equilibre (3)
La ville de Goderif était la définition même de la richesse et de l’opulence. Pour Ayrîa, qui avait grandi dans les vastes étendues désertiques de Sorûen et les rues bondées et sales de Samar, cela semblait presque indécent, particulièrement en ces temps troublés. La jeune femme avait l’impression de se retrouver dans une cité de conte de fées, surnaturelle. La ville avait été fondée bien des siècles auparavant, avant même la conquête de Sorcasard. Tous ses palais et monuments avaient été érigés à l’aide des fortunes considérables amassées par les princes-marchands de Sanif. Ces seigneurs avaient bâti avec leurs richesses des demeures digne d’un empereur. Les bâtiments d’un blanc éclatant aux toits de cuivre reflétaient les rayon du soleil de manière éblouissante. Il s’agissait de véritables palais, aux entrées bordées d’innombrables colonnades de marbre blanc et rouge. Le château et la forteresse de Samar faisaient bien pâle figure en comparaison.
Equilibre (2)
L’air frais et sec de la montagne venait caresser le visage d’Egidor, une sensation qu’il avait presque oublié. Il avait du mal à respirer cette atmosphère pauvre en oxygène, mais pour la première fois depuis des années, ils se sentait presque heureux. Son plan prenait forme, et était en passe de devenir une réalité. Il avait visité le vaisseau céleste de Dalhin, et Erû lui avait donné les clés de son futur succès. Plus rien ne pouvait plus l’arrêter désormais. Tout ce dont il avait besoin, à présent, était un peu de temps, mais il en avait en réserve.
Equilibre (1)
Les flocons de neige dure portés par le vent venaient piquer les joues de Lanea, en dépit de l’épais foulard qui protégeait son visage. Difficile, en regardant l’étendue désolée perdue sous les nuages de l’Hiver sans Fin, d’imaginer que cinq ans auparavant cet endroit avait été une plaine luxuriante, entourant la cité de Dafakin, capitale du Royaume des Mages. La lave refroidie et la glace avaient tout recouvert d’un manteau à la fois lisse et rugueux.
Extrêmes (6)
- Je ne peux pas vous laisser courir de tels risques, Ûesakia-Itheros. Si les Omirelins ou pire encore, les légions d’Oeklos, s’emparent de vous, vous disparaitrez, et avec vous tout l’espoir de notre peuple.
- C’est justement pour apporter cet espoir à notre peuple que je dois partir, Itheros. Ma décision est prise. Si princesse-Shas’ri’a accepte de m’accompagner, je retournerai en Sorcamien. Nos semblables doivent quitter le chemin que leur a tracé Oeklos. Si je dois mourir en accomplissant cette tâche, ainsi-soit-il.