Résurrection (4)
Ayrîa se sentait détachée du monde extérieur, comme dans un rêve. Sa tête tournait et lui faisait horriblement mal. Depuis que le mage Taric l’avait réveillée, allongée dans la cour de la forteresse, elle semblait avoir perdu toute emprise sur la réalité. Elle se rappelait à peine avoir exhorté l’homme de Dafashûn à la suivre jusqu’aux appartements de Djashim, où ils étaient arrivés pour constater leur échec.
Trop tard, leur avait dit le jeune général, debout devant le miroir que lui avait fourni Oeklos, les larmes aux yeux. Il avait commis l’irréparable, et le rayon d’Oeklos était sur le point de frapper les rebelles de Samar. Ayrîa se rappelait le sentiment d’horreur qui s’était emparé d’elle lors qu’elle avait réalisé ce que Djashim venait de faire. Pourrait-elle un jour lui pardonner un tel acte ? Elle avait été sur le point de le frapper, prise par la rage et l’impuissance de la situation.
Résurrection (3)
Pendant un moment, Aridel crut être devenu aveugle. Le blanc éclatant qui avait rempli son champ de vision s’était transformé en ténèbres impénétrables. C’était comme si toute lumière avait disparu du monde. Il cligna des yeux et vit apparaître à la périphérie de sa vision une série de glyphes runiques défilant rapidement. Il se rendit compte qu’il était dans l’armure, visière baissée, et les symboles s’inscrivaient en surbrillance sur le casque. Il s’agissait d’une série de chiffres sans queue ni tête, mais ils étaient la seule source de lumière que distinguaient les yeux d’Aridel.
Résurrection (2)
C’était le chaos. Des soldats couraient dans tous les sens, passant sans but d’un côté à l’autre des remparts. Les ordres que leur aboyaient les officiers étaient pour la plupart contradictoires, ajoutant à la confusion ambiante. Le bruit des tirs d’arquebuses et des mortiers en contrebas de la forteresse achevaient de transformer les remparts en un véritable enfer. Et c’était sans parler des boulets qui retombaient au hasard sur les infortunés assiégés, ne manquant pratiquement jamais de faire quelques victimes.
Résurrection (1)
Les chariots remplis de lourds boulets en fonte avaient une allure sinistre aux yeux de Taric. Des hommes faisaient régulièrement l’aller retour en tirant et poussant ces mastodontes. Ils peinaient sous l’effort et étaient couverts de sueur, tout cela pour apporter aux mortiers leurs précieuses munitions.
Ces armes de siège étaient probablement le seul moyen de venir à bout de la forteresse, mais Taric n’arrivait pas à s’habituer à leur vacarme. Chaque tir était comme un coup de tonnerre, envoyant un projectile plus lourd qu’un homme à un angle élevé afin de retomber sur les remparts ou au delà. Taric plaignait les malheureux qui se retrouvaient sous ce déluge de métal. C’était le première fois qu’il assistait à un siège, et il avait du mal à accepter l’horreur de ce qu’il avait sous les yeux.
Mort (6)
Aridel observait son interlocuteur sans rien dire. Tout était confus. Erû, une création des anciens ? Et comment pouvait-il justifier de quelque manière que ce soit la destruction et la mort qu’avait apporté Oeklos ? Pout-être que tout ce qu’il avait entendu jusqu’à présent n’était qu’un rêve. Il était probablement en train de dormir à coté d’Imela dans le froid, et il allait se réveiller à tout moment.
- Non Aridel, dit alors Erû/Sûnir, répondant à ses pensées, tu n’es pas en train de rêver. Comme je te l’ai expliqué, je ne peux pas influencer tes décisions. Je peux lire une partie de tes pensées mais je suis incapable de te contrôler. C’est pour cela qu’il fallait que je te rencontre. Ta tâche ne fait que commencer, et il faut que tu prennes conscience de son ampleur.
Mort (5)
Ayrîa ne parvenait pas à trouver le sommeil. Elle entendait les murmures effrayés de ses compagnes de chambre, et leur nervosité n’était pas propice au repos. Ce n’était cependant rien comparé au grondement incessant des canons qui pilonnaient les remparts et les cours intérieurs de la forteresse. Leur portée n’était pas assez grande pour atteindre le palais comtal, mais le bruit des boulets transformant la cour en champ de cratères était terrifiant, même pour Ayrîa.
Mort (4)
La lumière était si aveuglante qu’Aridel mit un long moment avant de pouvoir distinguer autre chose qu’un blanc uni. Il se trouvait dans une pièce circulaire aux murs incurvés. Toutes les parois étaient recouvertes d’un revêtement blanc parfaitement lisse et sans aucune aspérité. Aridel se tenait debout au milieu d’un cercle composé d’un matériau de couleur grise à l’aspect inconnu. L’ex-mercenaire ressentait une sensation bizarre dans son estomac, comme s’il était plus léger qu’à l’habitude. Où était-il ? Avait-il réellement franchi la porte céleste pour rejoindre Dalhin ? S’il fallait en croire les écrits, le Portier devrait être là pour prononcer le jugement de son âme…
Mort (3)
Malgré les protestations du sergent Norim, Djashim continua à grimper les marches menant aux remparts de la forteresse. Les soldats de la quatrième compagnie avaient tous été placés le long de la tour de garde. Ils constituaient la première ligne de défense en cas d’assaut de la rébellion. C’était en grande partie la volonté et le courage de ces hommes qui allait déterminer si le jeune général devrait ou non faire appel au rayon d’Oeklos.
Mort (2)
Aridel se réveilla en sursaut, envahi par un sentiment d’oppression qui semblait l’avoir suivi depuis son rêve. Il ouvrit les yeux et tourna la tête. Imela dormait à coté de lui. La jeune femme semblait prise dans ses propres songes, ses yeux bougeant rapidement sous ses paupières. La main gantée de la capitaine était posée sur le sac qui contenait l’orbe des Anciens, dans un geste protecteur.
La pierre des Rêve méritait mal, ou trop bien, son nom. Depuis qu’ils l’avaient en leur possession, le sommeil d’Aridel s’était troublé, devenant de plus en plus agité. Il était la proie de visions étranges et inquiétantes, comme si quelqu’un essayait de lui parler. Etait-ce la pierre, ou tout simplement son sentiment de culpabilité face à l’abandon d’Omirelhen ? Aridel avait failli à sa tâche. Il n’avait pas réusii a tenir ses promesses envers son père et à son frère. Et pour couronner le tout, sa sœur Delia avait fait de son royaume une simple annexe du Nouvel Empire d’Oeklos. Aridel ne pouvait s’empêcher de revoir le passé, se demandant ce qu’il aurait pu faire pour empêcher ce destin de se réaliser. Peut-être aurait-il dû déclencher une guerre civile ? Obtenir la victoire ou mourir avec honneur ? Mais il luttait contre l’idée d’envoyer d’autres personnes à la mort en son nom. C’était ce dilemme qui le torturait depuis de longs mois et auquel il n’avait trouvé aucune autre solution que celle de plonger dans l’alcool.
Mort (1)
Le port d’Apiadomar était un véritable cloaque. Il était difficilement imaginable qu’un tel endroit fasse partie du Royaume des Mages. Pourtant c’était bien le cas. Maintenir l’apparence négligées des villes de Dafashûn qui étaient en contact direct avec Sorcasard et Erûsard était nécessaire. Il ne fallait pas que le reste du monde découvre la véritable source du pouvoir des mages et décide de s’en emparer. Même en Dafashûn, seule une poignée d’élus avaient accès au savoir des Anciens, et la plupart habitaient à Dafakin. Electricité, moteur à combustion, transporteurs magnétiques, étaient quasiment inconnus dans la périphérie du Royaume.