Famille (5)
Lanea poussa la porte de métal rouillé en utilisant toute la force de ses bras. Au bout d’un moment, les gonds finirent par céder dans un grincement épouvantable. Heureusement que la sortie était isolée. La jeune femme émergea à l’air libre pour la première fois depuis deux semaines. Même si elle était soulagée de quitter l’atmosphère oppressante du tunnel de service, le paysage qui l’attendait n’était pas beaucoup mieux. Les nuages de l’Hiver Sans Fin recouvraient le ciel de leur grisaille dense, et le panorama extérieur était à peine plus lumineux que la galerie qu’elle venait de quitter.
Famille (4)
Les Sorcami du clan du désert avaient les traits durs d’un peuple habitué à un climat rude. Pourtant, ils avançaient avec confiance dans l’environnement littoral, même si leur regard conservait une touche d’humilité. Leurs yeux étaient intenses et perçants, et Shari comprenait maintenant d’où venait réellement Itheros.
La jeune femme avait l’impression de revivre l’histoire de Padina, l’ancêtre d’Aridel, reine d’Omirelhen et fondatrice de la maison de Leotel. Quinze décennies auparavant, la future souveraine, alors adolescente, s’était elle aussi rendue à Sorcakin, accompagné par un Itheros beaucoup plus jeune.
Famille (3)
Les portes du palais royal de Niûrelhin étaient fermées. Delia n’allait pas céder si facilement face à son son frère. Les battants arboraient le blason d’Omirelhen, une sirène surmontée d’une couronne et portant à la main une épée pourfendant un serpent. On distinguait dans ce symbole l’héritage de l’empire de Dûen, dont l’épée et la couronne avant pendant longtemps dominé Sorcasard.
Ayrîa était presque hypnotisée par ce qui se trouvait devant elle. Elle assistait à un coup d’état, ni plus ni moins. Aridel s’était placé devant le groupe formé par les gardes Omirelins lui ayant prêté allégeance et les soldats du comte de Leofastel. Son armure d’or et d’azur resplendissait, comme animée d’une lumière propre, dans la grisaille de la fumée et des nuages. Le prétendant au trône s’approcha, se plaçant d’une toise des portes et s’arrêta là. Il leva la main, s’apprêtant à parler.
Famille (2)
Les blessés affluaient vers les écuries du fort de Maristel, où Imela avait fait établir son infirmerie de campagne. La capitaine du Fléau des Mers, pourtant vétéran de nombreuses bataille, vivait un véritable enfer. Soutiner un siège était bien plus éprouvant que tous les combats navals qu’elle avait connus.
Les quatre navires de sa flottille s’étaient positionnés en cercle dans la petite crique en contrebas du fort, en protégeant l’accès maritime. Ils étaient devenus des batteries d’artillerie flottantes, formant une ligne de défense presque impénétrable.
Famille (1)
Daethos n’aurait jamais imaginé se retrouver un jour captif aux mains de ses semblables. Dans la jungle d’Inokos, les Sorcami avaient bien sûr des différends, mais ceux-ci étaient presque toujours résolus de manière pacifique. Daethos n’avait jamais eu à emprisonner ou punir sévèrement qui que ce soit, et il avait redécouvert le concept lorsqu’il avait quitté les siens.
Il lui paraissait presque contre nature que les clans des hommes-sauriens de Sorcamien puissent s’affronter de manière ouverte et priver de liberté ceux qui s’opposaient à eux. Pourtant force était de constater que les Sorcami n’étaient pas si différent que cela des humains. Daethos était bel et bien prisonnier, assis derrière les barreaux du chariot qui le transportait, lui, Itheros et Shari.
Odyssée (6)
La visière du casque d’Aridel, une fois rabattue, recouvrait le monde d’une fine pellicule presque irréelle, comme dans un rêve. Dès que l’ex-mercenaire tournait son regard vers un objet ou un être humain, l’armure surlignait la cible visée. Cela avait beaucoup perturbé Aridel au début, mais il avait fini par s’y habituer. Il observait avec attention ses “adversaires”. Ces soldats Omirelins étaient en réalité ses compatriotes, ou plutôt ses sujets, et il espérait de toute son âme ne pas avoir à les combattre.
Odyssée (5)
L’uniforme Omirelin étrangement inconfortable. Imela ressentait presque physiquement son illégitimité à le porter. Le costume était pourtant très similaire à celui des officiers de la marine Dûeni. Seule la sirène brodée sur les épaulettes rappelait le royaume éponyme. Omirelhen, à l’origine une colonie de Dûen, avait été pendant longtemps une province impériale, et l’influence de la culture Dûeni y était encore très présente. Cette similitude ne faisait paradoxalement que renforcer le sentiment d’imposture qui avait envahi d’Imela. La capitaine du Fléau des Mers avait toujours souhaité maintenir sur son navire les valeurs et symboles de la marine Dûeni. Devoir arborer les couleurs d’un autre pays lui coutait, même si elle savait que son plan ne pouvait fonctionner sans ce subterfuge.
Odyssée (4)
Shari étouffait. L’obscurité, la chaleur, et les cahots du chariots sur la route pavée l’empêchaient de penser de manière cohérente. Elle ne voyait rien de ce qui se passait à l’extérieur. Les interstices entre les planches du chariot étaient trop fins pour permettre l’observation. Et pour couronner le tout, en guise de son, les voix de ses deux compagnons, Itheros et Daethos, lui parvenaient étouffées et indiscernables.
L’idée du Sorkokia Klosthel avait paru très bonne, jusqu’à ce que Shari découvre le coffre dans lequel elle allait devoir effectuer le voyage de Kifiri vers Sorcakin. Elle avait tout juste assez d’espace pour plier et déplier ses jambes. Ce n’était pas vraiment la manière dont elle avait espéré découvrir Sorcamien.
Odyssée (3)
Niûrelhin. La capitale du Royaume de la Sirène ne ressemblait pas du tout à ce qu’Ayrîa s’était imaginé. Elle avait espéré découvrir une ville similaire aux capitales impériales Dûeni décrites dans ses livres, resplendissantes de marbre et d’or, comme Goderif. Niûrelhin était loin de cette opulence. La ville ressemblait plutôt à la grise Leofastel, son architecture faisant passer le pragmatisme militaire devant l’esthétique.
La cité était tout de même d’une taille plus que respectable, et un grand nombre de rues et de bâtiments se trouvaient en dehors des murs de l’enceinte centrale. Ayrîa savait que cela allait grandement leur compliquer la tâche, s’ils souhaitaient vraiment s’emparer de Niûrelhin par la force. Les mille cinq cents hommes que le comte Omasûan avait mobilisé, ne seraient pas suffisants pour venir à bout des murailles, sans parler des combats urbains qui les attendaient avant même d’arriver jusqu’à elles.
Odyssée (2)
- Satané vent !
Le juron d’Imela fit tourner le regard de quelques matelots, peu habitués à voir la capitaine exprimer ses émotions. Elle se réprimanda intérieurement : il fallait qu’elle se maîtrise mieux que cela. Pourtant il lui était difficile de réprimer la frustration qui l’envahissait. Elle observa de nouveau l’orientation des voiles. Aucun changement. Et le compas indiquait toujours la direction nord-est. Impossible de dévier le Fléau des Mers de ce cap depuis plusieurs jours. Les éléments s’étaient liés contre eux.