Extrêmes (5)
Aridel avait retiré son armure et se sentait redevenir lui même. La cuirasse était d’une légèreté surprenante lorsqu’il la portait, et pourtant il la ressentait comme un poids qui lui était imposé, régulant sa vie. Cet objet l’avait transformé aux yeux de son entourage. Il était devenu pour beaucoup un Dasam, messager divin aux pouvoirs surnaturels, dont la présence était le seul moyen de contrer Oeklos.
Messager divin… La vérité était bien plus prosaïque. Il n’était en réalité qu’un homme comme les autres. Ses défauts surpassaient de beaucoup ses prétendues qualités. Né prince d’Omirelhen, il avait dans sa jeunesse fui ses responsabilités pour devenir mercenaire. Et il n’avait même pas appris de cette erreur ! Il avait de nouveau abandonné son peuple lorsque son père était mort, laissant sa sœur Delia prendre illégitimement le pouvoir. En réalité Aridel était un lâche, manipulé par une machine qui lui avait confié une tâche dont il ne voulait absolument pas.
Extrêmes (4)
Shari faisait les cent pas dans sa cabine, énervée. Elle n’arrivait pas à comprendre Imela ! Elles recevaient, pour la première fois depuis leur retour à bord du Fléau des Mers, des informations extrêmement importantes et la capitaine s’en moquait, ou presque. Si la résistance de Sorûen avait réellement réussi à contrer Oeklos, cela ne pouvait être une coïncidence ! Une lueur d’espoir apparaissant au moment ou Aridel disparaissait ? Il y avait forcément un lien ! Il ne pouvait en être autrement.
Extrêmes (3)
Ayrîa sirotait son thé tout en écoutant la discussion animée qui opposait Codûsûr, souverain de Sorûen, à Chînir, général de son armée, et chef du clan des Saüsham. Malgré sa volonté de ne pas prendre parti, la jeune femme ne pouvait s’empêcher de ressentir une pointe de mépris envers le roi. Était-ce sa loyauté envers Chînir qui s’exprimait, ou autre chose ? Elle essaya de mettre ce sentiment de coté pour analyser objectivement la conversation.
Extrêmes (2)
Le vent était intense, et la puissance de son souffle faisait tanguer dangereusement la lourde caisse en bois. Les tensions exercées au bout de la corde que tiraient Daethos et les membres d’équipage du Fléau des Mers la faisaient passer d’un coté et de l’autre du monte-charge. Le Sorcami en venait à se demander par quel miracle ils n’avaient pas encore perdu un de leurs chargements. Il fallait sûrement rendre hommage à la solidité des cordes Dûeni, mais surtout à la persévérance des marins d’Imela. La capitaine avait su entraîner ses hommes de façon à ce qu’ils accomplissent presque sans y réfléchir les tâches les plus pénibles. Tous se comportaient de manière très professionnelle. C’était un équipage aguerri aux métiers de la mer. Même après leurs longue traversée, ils continuaient à travailler presque sans se plaindre. Pourtant certains d’entre eux n’avaient pas mis pied à terre depuis plus de deux ans.
Extrêmes (1)
Balayant les cendres
Portant les navires
Le vent sans comprendre
Broie, souffle et vire
La tempête ne cesse de s’étendre
Façonnant notre avenir.Amiral Omisen, Commandant en chef de l’armada Dûeni - 924 E.D.
Les rayons dorés du soleil matinal réchauffaient les ailes de la corneille. Elle suivait ses compagnes de vol, attirée par l’odeur musquée de la pourriture ambiante. Pour elle, cette fragrance rimait avec nourriture.
Le volatile planait à une altitude moyenne, se méfiant de ses propres congénères. Au dessous, les champs des hommes défilaient. Certains étaient piétinés et les récoltes avaient disparu sous le pas de milliers de soldats.
Glace - Épilogue (3)
La forteresse d’Oeklhin était en pleine effervescence. Depuis qu’elle avait élu domicile dans l’herboristerie, Lanea n’avait jamais vu une telle activité. C’était comme si un siège se préparait. En moins d’une semaine, la garnison et la garde impériale avaient doublé d’effectifs, et les troupes continuaient à arriver.
Oeklos avait apparemment rappelé une grande partie des troupes qui se trouvaient dans l’ex-royaume des mages. Était-ce pour préparer une opération militaire d’envergure ? Une invasion ? Ou pour assurer une meilleure protection de la forteresse ?
Glace - Épilogue (2)
Chînir s’assit sur le confortable fauteuil en bois massif. La salle de réunion du palais comtal était à la fois immense et splendide, mais le chef nomade ne s’y sentait pas vraiment à l’aise. En observant tout ce luxe, il ne pouvait s’empêcher que c’étaient les vies de ses ancêtres qui avaient permis l’existence de ce palais. Ce n’était que juste retour des choses qu’il y prenne place, et pourtant, il avait l’impression d’être hors de son élément.
Glace -Épilogue (1)
Imela sentait le vent marin lui caresser le visage. La sensation lui avait manqué durant ces semaines passées sur la banquise. Sur le pont du Fléau des Mers, elle se sentait chez elle, et le mouvement du navire filant sur l’océan la calmait, lui faisant presque oublier ses soucis actuels.
Demis était à la barre, ajustant le cap en observant régulièrement le compas qui se trouvait devant lui. Imela lui faisait entièrement confiance quant à la conduite du navire. Elle préférait se concentrer sur l’avenir, les cheveux au vent, la brise marine imprégnant ses sens. Qu’il était bon d’être de nouveau en mer ! Elle se raccrocha aussi longtemps que possible à ce moment de bonheur, mais ses sombres pensées finirent par la rattraper.
Résurrection (6)
Djashim avait du mal à réaliser ce qui lui arrivait. Les propos d’Aridel étaient comme sortis d’un rêve. Malgré le visage familier qu’il avait devant les yeux, il avait encore des doutes sur l’identité de l’homme en armure. Tout dans ce qu’il racontait était incroyable, comme les fables qu’avait pu parfois lui raconter Idjîli, la femme qui l’avait élevé dans les rues de Niûsanin.
Djashim ne pouvait pourtant pas nier ce que lui montraient ses sens. La cuirasse qui recouvrait l’héritier du trône d’Omirelhen était bien tangible, et même en clignant des yeux, le jeune général n’arrivait pas à la faire disparaître de son regard. Il resta ainsi un long moment sans mot dire, ses pensées se bousculant à une folle allure.
Résurrection (5)
Shari n’arrivait toujours pas à croire ses propres yeux. Pourtant, malgré l’obscurité ambiante, la forme sombre qui se détachait dans la baie en contrebas était parfaitement identifiable. C’était sans l’ombre d’un doute le Fléau des Mers.
Le navire paraissait les attendre, immobile sur l’eau calme de la baie, comme s’ils n’étaient partis que la veille. Les semaines passées à marcher dans la banquise et le froid, la mort d’Orin, la cité sous la montagne, tout cela semblait effacé, comme un mauvais rêve duquel on se réveille avec la sensation d’avoir tout oublié.