Odyssée (1)
Lanea était partagée entre l’exaltation de pouvoir raconter sa découverte à Erûciel, et le soulagement de se retrouver enfin au chaud. L’herboristerie qui leur servait de quartier général se trouvait au milieu d’Oeklhin, l’horrible forteresse qu’Oeklos osait appeler sa capitale. Malgré cela, la petite boutique était devenue comme un foyer pour la jeune femme. Elle arrivait parfois même à y oublier la grisaille de l’Hiver Sans Fin.
Lanea retira les pelisses humides qui la recouvrait, approchant ses mains blanchies par le froid du feu crépitant dans l’âtre. Elle regarda autour d’elle. Personne. Étonnant, Erûciel n’avait pas pour habitude de laisser la boutique sans surveillance. L’ex-archimage avait probablement ses raisons, mais Lanea ne put s’empêcher de ressentir une certaine curiosité mêlée d’inquiétude.
Rédemption (6)
Malgré tout ce qu’il avait vu et vécu depuis son départ de la forêt d’Inokos, plus de cinq ans auparavant, Daethos se sentait presque intimidé par les splendeurs de la cité de Kifiri. C’était la première fois qu’il visitait une ville bâtie par son peuple. Il voyait de ses propres yeux comment les Sorcami pouvaient égaler, voire même surpasser les humains dans la démesure. C’était une chose que de lire dans les écrits les hauts faits de ses semblables, mais c’en était une toute autre que de contempler leurs accomplissements de ses yeux.
Rédemption (5)
Imela était en proie à une exaltation qu’elle n’avait plus ressentie depuis leur retour du grand Nord. Elle se sentait à sa place, réalisant pleinement sa destinée. C’était comme si le Fléau des Mers était une extension de son propre corps, tandis qu’elle le dirigeait au milieu des autres vaisseaux de la petite flottille. L’Odyssée, le navire d’Omasen, était en tête, et les deux frégates d’escorte se trouvaient derrière eux. Rien ne pouvait leur résister. Les quatre navires étaient loin d’approcher la grandeur de la Flotte Extérieure de l’Empire de Dûen, mais ils avaient tout de même une puissance de feu considérable. Personne, dans les mers qu’ils fréquentaient, n’oserait les attaquer.
Rédemption (4)
Aridel aurait préféré passer quelques jours à Leofastel pour récupérer de leur voyage en mer, mais le comte Omasûan avait raison. Il n’y avait pas de temps à perdre. Dès que Delia serait informée de la présence de son frère en Omirelhen, elle mettrait tout en œuvre pour l’éliminer. Il fallait donc agir vite, et profiter de l’effet de surprise, tant que cela était possible.
Aridel, tout comme le comte, était bien conscient qu’il s’agissait d’un vœu pieu. Les espions de la reine étaient partout, et l’armée d’Omasûan n’en était sûrement pas exempte. Ce n’était qu’une question de jours avant que Delia apprenne la nouvelle.
Rédemption (3)
Kifiri ne ressemblait à aucune des cités humaines que Shari avait visité. Les bâtiments du port et des docks remplissaient bien sûr les mêmes fonctions universelles que dans toutes les autres villes, mais leur architecture semblait venir d’un autre monde. Les pierres utilisées pour les construire, taillées en formes géométriques très variées, s’emboîtaient parfaitement les unes dans les autres, formant une mosaïque presque envoutante. Les routes elles-mêmes étaient pavées de la même manière, formant un réseau à la fois rectiligne et labyrinthique.
Rédemption (2)
- En voilà une un peu trop curieuse pour sa propre santé. Tu n’aurais pas dû la laisser entrer, Lanacil. Personne n’est censé savoir que nous sommes ici.
L’homme qui avait parlé était celui qui se trouvait à la gauche de Parin Omasen. Il avait un air antipathique qui déplût instantanément à Imela. Encore un fils de bonne famille avec un ego démesuré. Imela avait connu nombre des jeunes officiers de ce genre dans la marine Dûeni et les trouvait insupportables. Heureusement, Omasen semblait plus raisonnable.
Rédemption (1)
Le château de Leofastel était situé au sommet d’une colline qui surplombait l’ensemble de la ville et du port. Il s’agissait d’un édifice massif et austère, dont les murs de pierre grise n’avaient rien d’engageant. L’architecture du bâtiment avait visiblement été guidée par des considérations militaires, et son esthétique n’avait rien de celle des palais de Sanif. Il était tout en angles et n’avait en guise de fenêtres que des meurtrières à peine assez larges pour laisser passer une flèche. C’était une véritable forteresse, dans tous les sens du terme.
Force (6)
Shari se sentait revivre. Depuis leur retour à bord du Fléau des Mers, toutes ses pensées avaient été focalisées sur un seul objectif : la recherche d’Aridel. A présent qu’elle avait abandonné, au moins temporairement, cette quête, c’était comme si un poids avait quitté ses épaules. Elle s’en voulait presque de ce sentiment de soulagement. Comment pouvait-elle reprendre goût à la vie alors que son ancien compagnon de voyage avait disparu ? Pourtant, force était de constater qu’elle retrouvait sa passion et sa curiosité pour la découverte d’autres peuples et d’autres cultures.
Force (5)
Les voiles du Iûgosther avaient quasiment disparu de la vue d’Imela. Bientôt le navire Sorcami serait derrière la ligne d’horizon, trop éloigné pour être visible même à la longue-vue. La capitaine du Fléau des Mers ne pouvait s’empêcher de ressentir une pointe de nostalgie, voire de tristesse, en observant le petit brick poursuivre sa route.
Du groupe qui s’était lancé, trois mois auparavant, à la recherche des portes de Dalhin, il ne restait à présent plus qu’elle et deux de ses membres d’équipage. La présence d’Aridel lui manquait cruellement, et elle savait que le départ de Daethos, Itheros et même Shari allaient lui faire le même effet. Heureusement que Takhini était resté à bord. Le général Sûsenbi, fidèle à Shari, avait été difficile à convaincre, mais sa santé était fragile. Un voyage au cœur du pays des hommes-sauriens aurait probablement eu raison de ses forces. Imela avait en outre su lui prouver qu’il serait très utile en restant à bord. Elle avait besoin de quelqu’un avec qui discuter stratégie et elle savait qu’elle pourrait beaucoup apprendre du vieil homme, tout comme Aridel avant elle.
Force (4)
Cela faisait déjà plus de deux heures que Lanea fouillait les données du Noyau. L’autonomie de la batterie portative qu’elle utilisait était déjà réduite de moitié. Il n’y avait pas de temps à perdre. Il était cependant très difficile de s’y retrouver dans cette profusion de données, et Lanea était loin d’être une experte dans la manipulation des consoles. Avant la chute de Dafashûn, ce savoir avait été réservé aux Dalfblûnen, un ordre de mage spécialisé dont la jeune femme ne faisait malheureusement pas partie. Comme pour rendre la tâche encore plus ardue, un grand nombre d’articles étaient illisibles, leurs unités de stockage rendues hors d’usage lors de l’éruption de L1.