Embarquement (3)
La robe d’apparat que portait Ayrîa était extrêmement inconfortable. A croire que les Omirelins avaient rendu ces vêtements trop serrés à dessein. La jeune femme aurait donné beaucoup pour assister à la cérémonie dans ses vêtements Sorûeni, bien plus agréables à porter.
Pourtant, elle savait qu’il lui faudrait faire un effort, au moins pour cette journée exceptionnel. Un couronnement était une cérémonie auquel bien peu avaient la chance d’assister dans leur vie, et malgré leur apparence de modernité, les Omirelins semblaient très attachés à leurs traditions. Ayrîa se souvenait encore de la réaction des conseillers d’Aridel lorsqu’il avait proposé que le sacrement se déroule à Niûrelmar. Plusieurs avaient voulu s’y apposer, arguant que seule Niûrelhin était capable d’accueillir un événement de cette importance. Même Omasen avait montré quelques réticences envers cette décision.
Embarquement (2)
Shari avançait seule au fond de la crevasse gelée, les pieds saisis par la glace. Il n’y avait aucune lumière, et les ténèbres régnaient en maître. La seule émotion qui lui restait était le désespoir, pourtant elle continuait à marcher, comme si des forces invisibles la poussaient vers une destination inconnue.
Des spectres commencèrent à apparaître devant ses yeux. Elle aperçut une image fugace de Sûnir, le frère d’Aridel, son amant depuis longtemps disparu. Puis elle distingua la forme éthérée d’Orin, le jeune résistant qui l’avait accompagnée pour mourir dans les glaces du Grand Nord. En avançant encore un peu elle vit le nain Sachël, qui s’était sacrifié pour les aider à sortir des cavernes des Losapic. Derrière lui se trouvait le père de Shari, l’ancien empereur de Sûsenbal.
Embarquement (1)
Imela regardait les bâtiments gris surplombant le port de Niûrelmar. Elle connaissait bien la ville, mais c’était la première fois qu’elle la découvrait sous cet angle. Au dessus d’elle, les nuages balayaient le ciel, poussés par un vent constant, et on entendait au loin le ressac des vagues venant se briser sur les quais.
Le palais ducal de Niûrelmar était immense, d’une taille presque indécente pour la gamine des rues qu’avait été Imela. La capitaine s’était vue fournir ses propres quartiers, qui ressemblaient plus à un appartement qu’à une chambre. Le seul inconvénient étaient qu’ils se trouvaient à l’opposé de l’endroit où dormait Aridel. Même si celui qui était à présent le souverain d’Omirelhen était venu lui rendre visite la nuit d’avant, il avait du s’éclipser rapidement, les affaires du royaume l’appelant dès le petit matin.
Assemblée (6)
La proposition du Lûakseth Oekhard prit Daethos de court. Le Sorcami ne s’était pas attendu à des paroles aussi radicales. L’élection d’un Ûesakia était loin d’être une mince affaire pour l’assemblée.
Était-ce là un plan mûri d’avance par Oekhard, peut-être avec ses alliés du clan du désert ? Ou s’agissait-il tout simplement d’une réaction émotionnelle face à l’assassinat d’Itheros ? Le regard de Daethos se porta de nouveau sur le cadavre de son ami et mentor. Il avait l’impression d’être deux personnes distinctes habitant dans le même corps. Il y avait en lui un Daethos calculateur, poussé par sa mission, qui s’adressait aux Lûakseth comme à des pairs. De l’autre coté de cette façade, cependant, existait un être pris dans le tourbillon de ses émotions, rage, tristesse, désir de vengeance. Pour l’instant le premier Daethos avait le dessus, et il savait qu’il fallait passer à l’action. Profitant de l’effet de l’annonce d’Oekhard, il enchaîna :
Assemblée (5)
Shari se précipita vers Itheros. Le Sorcami était allongé au sol, la tête entre les bras de Daethos. Le sang s’écoulait lentement de sa blessure. Sa respiration était irrégulière et pénible, gênée par le poignard fiché dans sa poitrine. Prise par l’émotion, Shari ne prêtait plus aucune attention aux hommes-sauriens qui l’entouraient. Elle en avait presque oublié où elle se trouvait, l’assemblée des Lûakseth ayant perdu en un instant tout son prestige. Seule comptait à présent la vie d’Itheros, s’estompant sous les yeux impuissants de la jeune femme.
Assemblée (4)
Oeklos, empereur d’Erûsarden, essayait en vain de ne pas se laisser envahir par la frustration. C’était une tâche impossible. Les revers de fortune s’enchaînaient à un rythme de plus en plus rapide, et chaque jour apportait son lot de mauvaises nouvelles.
Après la défaite des troupes impériales en Sorûen, c’était au tour d’Omirelhen d’échapper à son contrôle. La seule bonne nouvelle dans tout cela était qu’Oeklos savait maintenant qui était son réel adversaire. Aridel, ou Berin de son vrai nom, était tout comme Delia, le descendant du roi Leotel Ier d’Omirelhen. C’était ce maudit souverain qui, dans sa jeunesse, avait assassiné le mentor d’Oeklos, quinze décennies auparavant. Fallait-il y voir une simple coïncidence, ou la main d’Erû ?
Assemblée (3)
Aridel se réveilla en sursaut, le front couvert de sueur. Les détails de son rêve disparaissaient petit à petit de sa mémoire, mais les émotions l’envahissaient encore. L’adrénaline du combat, la peur mêlée à l’excitation, le tristesse, il n’y avait aucun doute. Il avait encore eu dans son sommeil des visions de violence et de sang. C’était ainsi que se déroulaient la plupart de ses nuits depuis qu’il avait endossé l’armure d’Erû.
Assemblée (2)
Daethos avait l’impression d’être un étranger parmi les siens. Autour de lui les hommes-sauriens, les bâtiments, le mobilier, semblaient à la fois familiers et distants. Sorcakin avait une double dimension, comme un mythe devenant réalité sous ses yeux. Il avait du mal à concevoir qu’il était à présent devant la porte menant à l’assemblée des Lûakseth. Là débattaient les Sorcami qui décidaient des lois gouvernant son peuple, et leur simple existence lui paraissait presque irréelle. Pourtant il était bien là, à coté d’Itheros, de Galdorûgh, et de Shari.
Assemblée (1)
Imela était au bord de l’épuisement. Elle savait qu’il lui serait impossible de tenir encore une semaine de ce siège interminable. Tout comme ses hommes, la fatigue, le manque de nourriture, le pilonnage constant, l’avaient transformée en une créature dont l’humanité avait disparu. Elle ne ressentait plus aucune émotion, il ne lui restait plus que le vide. Etait-elle devenue une ombre, un spectre, condamnée à se battre pour l’éternité dans cette forteresse maudite ? Il fallait pourtant qu’elle continue, ne serait-ce que par respect envers tous ceux qui avaient perdu la vie en la suivant. Elle était l’officier supérieur de cette “rébellion” et son devoir était de montrer l’exemple. Pourtant il devenait de plus en plus difficile de faire illusion face à ce combat sans espoir.
Famille (6)
Aridel, enfin délivré du fardeau de son armure, s’approcha du trône de la Sirène, et passa lentement sa main sur l’accoudoir. Le marbre était froid et lisse, poli par les bras de tous les souverains qui y avaient siégé. Le doute continuait a envahir l’ex-mercenaire. Avait-il vraiment sa place ici ? Comment pourrait-il être à la hauteur de son père, et de ses aïeux ? Il chassa ces sombres pensées. Impossible de reculer désormais.