Affrontement (3)
Oeklos rageait. L’empereur était pourtant bien conscient qu’il n’y avait rien à faire pour le moment. Il était prisonnier, privé de liberté dans sa propre forteresse, obligé d’obéir aux ordres d’un être inférieur à lui. Il devait malgré lui admettre que Delia et son frère s’étaient bien joués de lui. En tenant occupées les troupes impériales, l’attaque de la forteresse leur garantissait une certaine impunité.
L’empereur avait bien sûr envisagé de conduire son ennemi dans une autre salle que celle où se trouvait le téléporteur. Il avait cependant décider de ne pas tenter le diable. Le risque était trop grand. Malgré tout son bravache, Oeklos tenait encore à sa vie. Et comment son projet pourrait-il s’accomplir sans lui ? Il devait attendre le moment opportun pour agir, et se montrer docile en attendant.
Affrontement (2)
Imela avait devant les yeux une vision de l’enfer. L’Alliance avait fait abattre un déluge de feu sur la forteresse d’Oeklos, mais les artilleurs ennemis répliquaient plus fortement encore. A peine l’assut commencé, les boulets pleuvaient sur les troupes, fauchant en quelques instants des bataillons entiers.
Parfois, quelques pelotons parvenaient à se rapprocher des murs noirs, mais ils recevaient aussitôt de la poix enflammée. Imela les voyait s’enfuir en hurlant, torches humaines dévorées par les flammes et le feu. L’amirale priait intérieurement pour que leur sacrifice ne soit pas vain.
Affrontement (1)
Les ondes de choc des projectiles d’artillerie et des bombes faisaient vibrer les murs de la forteresse. A chaque explosion, le bâtiment tremblait, comme si une main géante avait décider de le secouer.
Les miroirs de surveillance d’Oeklos étaient inertes. Plus aucune information sur les combats en cours ne lui était accessible. Il ignorait si c’était lié à la présence de ses ennemis, ou si Erû avait simplement décidé de lui imposer une autre épreuve. Peu importait. L’empereur était à présent aveugle, et le sort de la bataille n’était plus entre ses mains. Il tentait en vain de ravaler la frustration qui le rongeait de plus en plus. Comment avait-on pu en arriver là ?
Solitude (6)
Les canons tonnaient dans l’obscurité, chaque camp tentant d’affaiblir l’autre en utilisant la puissance de son artillerie. La forteresse d’Oeklos semblait presque indestructible. Même si le contingent qui la défendait était assez petit par rapport à l’armée des assiégeants, sa capacité de résistance était grande, et la bataille était loin d’être gagnée.
C’était pour cette raison que le plan que Lanea avait concocté avec Aridel était primordial. Ils prenaient de grands risques en exposant le souverain d’Omirelhen, et en se reposant en partie sur Delia, mais le jeu en valait la chandelle. S’ils réussissaient, ils faisaient d’une pierre deux coups. Ce serait à la fois la fin d’Oeklos et celle d’Erû. Lanea craignait cependant le pouvoir et les réactions de la machine.
Solitude (5)
La femme qui se tenait devant Imela semblait presque quelconque. Sa ressemblance avec Aridel était frappante. C’était comme si elle était la jumelle sombre de son amant. L’amirale rageait intérieurement en pensant à tout le mal que Delia avait fait. C’était à cause de cette prétendue reine que Demis était mort, et elle savait qu’elle ne pourrait jamais le lui pardonner.
La sœur d’Aridel avait un regard dur, d’où toute trace de compassion ou d’altruisme semblait avoir disparu. Pourtant, au milieu de cet égoïsme, on pouvait peut-être déceler une trace de peur. Elle n’était visiblement pas à l’aise au milieu de ses ennemis, et cela rassurait Imela. L’amirale tourna son regard vers son amant, dont la méfiance était palpable.
Solitude (4)
Des éclairs lumineux, suivis de près par un grondement sourd, perçaient l’obscurité à intervalle régulier. L’artillerie de campagne de l’Alliance avait commencé son pilonnage. Aridel savait cependant que ce déluge de feu, aussi impressionnant soit-il, serait loin d’être suffisant pour venir à bout de la forteresse. Il faudrait une puissance bien plus grande pour percer ces murs épais, et les mortiers ne seraient pas installés avant plusieurs jours. L’artillerie de campagne tiendrait cependant les troupes d’Oeklos à distance tandis que l’armée de siège se mettait en place. Après avoir longuement contemplé ce spectacle, il rentra dans la tente.
Solitude (3)
Adikha avait froid. La Sorcami savait qu’elle n’était pas la seule mais cette pensée n’était pas suffisante pour la réchauffer. Elle sentait des frissons parcourir Daikhos, son raksûlak. Adikha avait beau avoir l’habitude de sillonner les airs à des altitudes où la température baissait rapidement, elle n’était pas totalement préparée à ce froid glacial. Le gel la prenait jusque dans les os. On était bien loin de la chaleur torride du désert de Triosakh, son pays natal.
Solitude (2)
Oeklos regardait les images s’affichant sur ses miroirs de surveillance. Il exultait intérieurement. La prétendue “Alliance” entre humains et Sorcami qui avait osé se rebeller contre son autorité avait perdu. Ils battaient en retraite, la queue entre les jambes.
L’empereur ne comptait pas leur laisser d’opportunité de se regrouper. Il avait ordonné à ses troupes de les poursuivre, et de les anéantir. Si ses hommes arrivaient à couper leur retraite, l’Alliance serait définitivement rayée de la carte. Oeklos n’aurait alors plus qu’à reprendre ce qui lui revenait de droit. Son empire redeviendrait le seul avenir que le monde avait. Son rêve se réaliserait enfin.
Solitude (1)
Imela se sentait oppressée, écrasée, comme si une chape de plomb reposait sur elle. Elle n’était pas faite pour parcourir les sombres tunnels qui circulaient dans le sous-sol du Royaume des Mages. L’amirale était une créature de la mer, avide de grands espaces et de l’air du large, pas des atmosphères confinées.
L’amirale savait qu’elle n’était pas seule à ressentir cet inconfort. Le silence qui régnait autour d’elle, rompu seulement par les bruits de pas des soldats de l’armée alliée, en était la preuve. Nul ne disait mot. C’était comme si tous avaient peur qu’au moindre bruit la terre ne vienne les engloutir.
Héritage (6)
Les blessés continuaient à affluer dans l’hôpital de campagne que Lanea avait fait installer en catastrophe. La grande tente était remplie de brûlés et de mutilés. Aridel savait qu’une grande partie d’entre eux ne passerait pas la nuit. Certains râlaient et hurlaient, d’autres appelaient leur mère dans leur douleur et la terreur qui les envahissait. Cette vision d’agonie faisait remonter à la surface des souvenirs que le souverain d’Omirelhen aurait préféré laisser enfouis.