Douleur (2)
Shari sentait la fraîcheur du vent s’infiltrer au travers des mailles grossières de ses vêtements en laine. La sensation était, paradoxalement, très agréable. L’ex-ambassadrice se sentait revivre après les terribles jours qu’elle avait vécus à bord du Chayschui saychil. Elle décida tout de même après un moment de redescendre vers le pont inférieur. Il ne servirait à rien qu’elle tombe malade. Elle se sentait bien mieux que lorsqu’elle avait posé le pied pour la première fois sur le Fléau des Mers, et elle entendait rester en bonne santé. Elle avait déjà perdu assez de temps dans l’accomplissement de sa mission.
Douleur (1)
Taric, assis à l’avant de son traîneau, invectivait ses chiens pour les faire avancer plus vite. Malgré les multiples couches de chaudes pelisses qui le recouvraient, l’ex-mage était saisi par le froid. Après plusieurs heures dans l’étendue glacée qu’était devenue la campagne de Dafashûn, il était difficile de résister à l’envie de trouver un abri et d’allumer un bon feu pour se réchauffer. Taric savait cependant que passer la nuit dehors pouvait être synonyme de mort. Au delà des les brigands et des pilleurs qui erraient dans ces étendues désolées, le froid avait tué plus d’un voyageur imprudent. Il avait maintes fois entendu le récit d’hommes qui, fatigués s’étaient installés au coin d’un rocher pour se reposer et ne s’étaient jamais réveillés. Au début, Taric n’avait guère prêté attention à ces histoires. Lorsque qu’il avait découvert un jour le cadavre congelé d’un homme au bord du chemin, il avait cependant revu son opinion. La nature était sans pitié pour les imprudents. C’était pour cela qu’il fallait qu’il se dépêche d’atteindre le bourg d’Ordonbrûg, où il trouverait une auberge qui pourrait l’héberger.
Océan (6)
Imela observait le Chayschui saychil s’éloigner sur les flots. Le sourire de la jeune capitaine était sinistre. Elle admirait la nouvelle figure de proue du navire Sanifais. Une véritable œuvre d’art, pensa-t’elle, ironiquement. S’il y avait bien des êtres dans le monde qu’Imela détestait, c’était les marchands d’esclaves. Ceux qui considéraient les êtres humains comme de la vulgaire marchandise ne recevaient aucune clémence de sa part. Un être humain n’était la propriété de personne, et la capitaine du Fléau des Mers entendait bien le faire comprendre à tous ceux qui croiseraient son chemin.
Océan (5)
Baythir observait Shari d’un air proprement répugnant. La jeune femme avait encore ses vêtements sur elle et pourtant elle se sentait déjà comme nue, dévêtue par ce regard porcin et concupiscent. Elle frissonna, terrifiée à l’idée de devoir supporter le contact des mains moites et sales du marchand d’esclave.
- Viens par ici ma jolie, dit l’homme en se passant la langue sur les lèvres. Je vais enfin pouvoir m’occuper proprement de toi.
Océan (4)
Lanea se saisit délicatement des deux fioles posées sur la table et les replaça sur l’étagère. Plus qu’une dizaine à étiqueter, se dit-elle. Un travail fastidieux mais nécessaire. Elle ne voulait pas se tromper lorsqu’elle distribuait les remèdes d’Erûciel à ses patients. La jeune femme avait cependant bien du mal à se concentrer sur sa tâche. Elle ne pouvait ôter de ses pensées la teneur du dernier message de Djashim. Son propre sentiment de culpabilité faisait écho à ceux du jeune homme. Elle avait peine à envisager ce qu’avait pu ressentir celui qui était d’une certaine manière son protégé. Forcé de commettre un meurtre de sang froid ! C’était terrible… Comment reprendre une activité normale après un tel acte ? Lanea était partagée entre la tristesse et l’horreur. Mais Djashim avait tenu bon, et sa véritable allégeance n’avait, en apparence tout du moins, pas encore été découverte.
Océan (3)
- Le vent a forci, capitaine. Devons-nous ramener les voiles ?
Imela observa le ciel, la brise soufflant sur son visage. Au sud de leur position, les nuages s’éclaircissaient, et on apercevait même quelques rares coins de ciel bleu. Ils étaient arrivés à la limite géographique de l’Hiver sans Fin. Le voile nuageux créé par la gigantesque éruption de L1, la plus haute montagne du monde, était bien plus fin dans l’hémisphère sud. En conséquence, les terres australes jouissaient d’un climat plus clément que les contrées du Nord. A l’interface entre ces deux zones, les différences de températures étaient la source de vents qui pouvaient être très violents, se transformant parfois en véritables tempêtes. Les marins devaient donc se montrer extrêmement prudents à l’approche de cette limite, que certains appelaient le Souffle d’Erû.
Océan (2)
Djashim, au garde à vous, attendait devant la porte de la salle du trône. Il avait été convoqué par l’empereur sans délai pour une “affaire pressante”. Ce simple terme avait de quoi effrayer… Le jeune général devait faire un grand effort sur lui-même pour garder son calme. Avait-il déplu d’une quelconque manière à Oeklos ? Peut-être avait-il dépassé les bornes invisibles qui avaient été posées autour de lui lorsqu’il avait rendu visite au prisonnier Lûnir ? Le visage dément de cette créature avait hanté les rêves du jeune hommes pendant de longues nuits. Comment un être humain pouvait-il se transformer à ce point ? Si Djashim avait pu effacer cette vision d’horreur, il l’aurait fait sans hésiter. Et il ne pouvait s’empêcher de penser qu’il allait peut-être découvrir à présent le véritable prix de son indiscrétion.
Océan (1)
La cellule dans laquelle Shari avait été placée était extrêmement vétuste, et la saleté dépassait l’entendement. Il s’agissait d’un espace de deux toises carrées situé sous le pont, à l’arrière du Chayschui saychil, isolé du reste du navire par de simples barres de métal. Shari, paradoxalement, louait le présence de ces barreaux. En effet, s’ils ne la protégeaient pas des regards lubriques de l’équipage, ils empêchaient néanmoins les matelots de la toucher.
Quête (6)
Imela, emmitouflée dans sa sa cape, ses cheveux flottant dans le vent glacial, regardait les matelots s’activer. L’ancre avait été levée avec l’arrivée de la marée, deux heures auparavant, et le Fléau des Mers profitait à présent du vent d’est pour quitter les côtes de l’Empire de Dûen.
Sa destination finale était le Royaume d’Omirelhen, une péninsule à l’ouest du continent de Sorcasard, et pour le rejoindre, Imela allait devoir traverser l’Océan Extérieur. C’était un voyage qui n’était pas sans présenter de nombreux dangers, particulièrement en ces temps troublés. Depuis le début de l’Hiver sans Fin, les tempêtes étaient devenues totalement imprévisibles et emportaient souvent les navires mal préparés. De nombreuses histoires couraient aussi sur la présence de créatures marines qui attaquaient même les plus gros vaisseaux, mais Imela ne prêtait guère attention à ces récits superstitieux. Elle craignait bien plus de tomber sur la marine d’Oeklos, qui parcourait parfois ces mers.
Quête (5)
Djashim avait du mal à s’habituer au luxe de ses nouveaux quartiers. Son bureau et ses appartements, situés en bas de la Tour d’Oeklos, étaient gigantesques, trois à quatre fois plus grands que son précédent logement. Les murs étaient couverts de tentures et tapisseries aux couleurs chaudes qui contrastaient singulièrement avec l’aspect sombre de la tour. Tout était conçu pour oublier le froid qui régnait à l’extérieur, et même les meubles donnaient une impression de confort et de chaleur qui faisait culpabiliser Djashim.