Trahison (6)
Imela aperçut les éclairs lumineux caractéristiques des tirs de canons bien avant d’entendre leur grondement sourd et familier. Le Fléau des Mers avait ouvert le feu pile à l’heure prévue. Ses boulets allèrent s’écraser contre le mur de la forteresse de Frimar dans un énorme fracas. Quasi-instantanément, des cris s’élevèrent des remparts, suivis du tintement clair des cloches d’alarmes appelant les hommes au combat. Des lumières s’allumèrent dans le petit baraquement situé au pied de la forteresse qu’Imela avait repéré. Il ne fallut que quelques minutes pour qu’un dizaine de soldats en sortent, se précipitant vers leurs postes.
Trahison (5)
Le désespoir de Taric avait atteint son paroxysme. Il n’y avait rien à faire. Personne ne pourrait plus le protéger à présent. Il avait tenté de tromper la résistance et sa trahison s’était soldée par un échec. Ses jours étaient comptés. Il mourrait très probablement bientôt de manière violente, et si ce n’était pas le cas, le poison de Walron aurait tôt ou tard raison de lui. Lorsque le premier ministre avait découvert que les informations que Taric lui avait transmises étaient fausses, il avait brisé la fiole d’antidote devant ses yeux, et l’avait banni d’Oeklhin. “J’espère que votre mort sera lente et douloureuse” avaient été les dernières paroles de Walron à son égard. Taric avait donc dû quitter la ville à pied, mais il s’était de nouveau fait arrêter par des hommes en armes. La seule différence était que ses ravisseurs n’étaient pas cette fois des gardes impériaux, mais des agents de la résistance. Ces hommes, qui quelques jours auparavant, auraient été ses alliés, le détenaient à présent dans le froid, à quelques lieues de la forteresse.
Trahison (4)
Les formes sombres des monts du massif des Sordepic se distinguaient à peine dans la nuit sans étoiles. Le Fléau des Mers, porté par un vent calme, avançait silencieusement dans les vagues. Le clapotis de l’eau sur sa coque était le seul son qui trahissait sa présence. Toutes les lumières du bord étaient éteintes, et les hommes avaient pour stricte instruction de faire le moins de bruit possible. Le navire n’était plus très loin de son objectif, à présent. La forteresse de Frimar restait cependant toujours invisible aux yeux de l’équipage, cachée dans l’obscurité obscurité. Seul Demis, le navigateur du bord, savait exactement où elle se trouvait. Il consultait régulièrement ses chartes, ajustant la barre en conséquence.
Trahison (3)
Convoqué dans la salle du trône. Depuis qu’il avait dû se transformer en bourreau pour Oeklos, Djashim appréhendait énormément les audiences impériales. Il se rendait donc avec réticence vers sa destination, ses pensées se bousculant les unes les autres. L’assassinat qu’il avait dû commettre de sang-froid le hanterait probablement jusqu’à la fin de sa vie, et il se rappelait avec horreur de chaque seconde.
Que lui-voulait donc Oeklos cette fois ? Djashim soupçonnait que cela avait à voir avec Taric. Le jeune général avait pris un grand risque en épargnant la vie de l’ex-mage. Cependant, il se rappelait du sacrifice de Delan qui lui avait permis de devenir officier impérial, et il se sentait redevable envers son ami, Taric. Djashim refusait de laisser un autre mage mourir pour lui. Contrairement à Lanea, il n’était pas encore entièrement prêt à tout sacrifier pour atteindre son objectif. Etait-ce une faiblesse de sa part qui le mènerait à sa perte ? Il entra avec cette pensée dans la salle du trône.
Trahison (2)
Niûrelmar. C’était le port le plus important de la côte Nord d’Omirelhen, et une des portes d’entrée du continent de Sorcasard. Niûrelmar avait toujours été une métropole à l’activité débordante. La ville avait été construite sur les ruines d’une cité Sorcami anéantie par l’Empire de Dûen. Le camp fortifié que les hommes avaient bâti alors avait traversé les époques en s’agrandissant de manière parfois démesurée, jusqu’à devenir l’une des plus grandes cités du monde. Même les guerres de conquête d’Oeklos et l’Hiver Sans Fin n’avaient pu entraver la croissance de Niûrelmar. Omirelhen se trouvait en effet au delà de la limite des nuages, et bénéficiait, tout comme Sûsenbal, d’un climat quasi-normal. Nombre de réfugiés venant du Nord, fuyant les glaces et les persécutions Sorcami, avaient donc décidé de s’y installer. Les plus chanceux, et surtout les plus riches d’entre eux avaient pu rester, à Niûrelmar augmentant ainsi d’autant le prestige de la ville.
Trahison (1)
Lanea observait Taric. Elle espérait encore s’être trompée, mais le doute était difficilement permis. La jeune femme avait appris, ces dernières années, à déceler les petits mouvements de visage ou tics qui trahissaient son interlocuteur. Celui qu’elle avait toujours considéré comme un ami lui mentait. Il cachait quelque chose, et Lanea savait qu’elle ne pouvait pas faire confiance à ses propos.
L’histoire que Taric venait de raconter à la jeune femme concordait pourtant en tout point avec les informations que lui avait faites parvenir Djashim. Tout cela semblait cependant trop parfait, et il n’en avait pas fallu plus pour éveiller les soupçons de Lanea. Après trois ans à diriger un réseau clandestin, et à se cacher des espions d’Oeklos, elle était devenue très méfiante, parfois même paranoïaque. Soupçonner ses amis était devenu son lot quotidien.
Douleur (6)
La cloche de changement de quart résonna, la tirant de son quasi-sommeil. Instantanément, les pensées de la jeune femme furent ramenées à la dure réalité. Cela faisait plusieurs nuits qu’elle avait du mal à trouver le repos. Elle craignait ses cauchemars récurrents. Ils avaient repris peu de temps après son arrivée sur le \emph{Fléau des Mers}, et n’avaient fait qu’empirer depuis. L’arrivée d’Orin et de Takhini à bord, loin de l’avoir rassurée, n’avait fait que renforcer ses inquiétudes. Elle s’était d’abord réjouie de revoir le vieil homme en vie, mais son état était extrêmement préoccupant. Takhini faisait peine à voir, et Shari craignait que chaque nuit soit sa dernière. Le médecin du \emph{Fléau des Mers}, assisté par Daethos, avait fait ce qu’il avait pu pour l’ex-général Sûsenbi, et ses plantes médicinales avaient réussi à faire descendre sa fièvre. La guérison de Takhini était cependant entre ses propres mains, comme l’avait indiqué le Sorcami, et seule sa volonté de vivre pouvait à présent faire la différence.
Douleur (5)
Taric faisait les cent pas dans sa cellule. Dans ses pensées, l’espoir se mêlait à la peur. La présence de Djashim à la tête de la Garde impériale était inespérée, mais Taric savait que les options du jeune général étaient limitées. Il avait bien sûr deviné la présence de Lanea derrière cette opération d’infiltration au sommet de l’empire. Malgré toute l’affection que le mage portait à la dirigeante de la résistance, il connaissait sa façon de fonctionner. Lanea ne perdait jamais de vue son objectif, et elle était prête à tout pour arriver à ses fins. Elle avait un sens aigu du sacrifice, et si elle devait choisir entre Taric et Djashim, il était facile de deviner sa décision. Malgré tout, elle et Djashim constituaient le seul espoir de Taric de sortir vivant de sa situation. Si seulement …
Douleur (4)
Imela sauta du canot, ses bottes s’enfonçant dans le sable humide. La lune était presque pleine et éclairait la plage d’une lueur blanche, lui donnant un aspect irréel. Ce n’était pas la nuit la plus propice pour infiltrer discrètement la ville de Spemar. Si jamais un garde les apercevait sous cette lumière, c’en était fait de leur petite expédition. Pourtant elle n’avait pas le choix. Si elle laisssait le Fléau des Mers trop longtemps si près du port, ils risquaient de se faire découvrir.
Douleur (3)
Le sergent Norim entra sans avertissement dans le bureau de Djashim. Il se mit immédiatement au garde à vous, attendant que son supérieur prenne la parole en premier.
- Qu’y a t’il, sergent ? demanda le jeune homme, intrigué par cette interruption.
- Général, annonça Norim de sa voix la plus officielle, le lieutenant Lûcas, affecté au troisième régiment de surveillance extérieure, demande à vous voir.
- Oh ? fit Djashim, surpris. Vous ne m’aviez pas prévenu de ce rendez-vous, sergent.